Les objectifs de la mission
Cette mission revête un caractère particulier puisque les femmes sont issues de régions différentes, relativement éloignées les unes des autres et les artisanes concernées ont des profils très différents en termes d’expérience, d’âge et d’attentes.
- Le groupe d’Agadez semble être constitué majoritairement de jeunes femmes peu expérimentées. Leurs objectifs principaux sont l’identification des problèmes d’accès aux matières premières et l’amélioration des connaissances techniques pour se perfectionner et se spécialiser dans les produits qu’elles ont l’habitude de faire. Bien entendu, ces objectifs n’excluent pas un travail sur la qualité et le design des produits en fonction du diagnostic qui aura été réalisé en début de mission.
- Le groupe de Diffa, quant à lui, intègre à la fois des artisanes de bon, voire très bon, niveau de compétences. Les objectifs définis pour ce groupe (amélioration de la qualité des produits et des finitions, apprentissage de nouvelles techniques de travail, diversification et recherche en design) attestent d’une volonté de développement de leur activité artisanale, de modernisation de leur travail pour s’adapter aux évolutions contemporaines et valoriser davantage non seulement leurs produits mais aussi leur condition de femmes et d’artisanes. La démarche globale implicite dans les attentes de ce groupe pourrait être généralisée aux autres groupes si les conditions le permettent.
- Enfin, le groupe de Tillabéry semble plus éclectique en termes de niveaux de compétences. Les problématiques à aborder concernent tout le cycle de vie du produit allant de la connaissance des matières premières jusqu’aux finitions de qualité, en passant par des techniques de coloration, de dessin, de tissage et une recherche en design. Ces techniques pourraient également faire l’objet d’un travail avec les artisanes d’Agadez et de Diffa.
Diagnostic initial
Matière première : de manière générale, la qualité de la matière première est bonne mais sa solidité et ses potentialités varient en fonction de la matière utilisée par les trois groupes. Les artisanes de Tillabéry utilisent une matière fragile (le palmier de doum) mais qui peut être très esthétique et cousue à la main. Les matériaux utilisés par les artisanes d’Agadez et Diffa sont plus résistants mais moins flexibles et esthétiques.
Compétences techniques et qualité des produits : les artisanes des trois groupes ont des compétences techniques avérées. En revanche, ces compétences ne sont pas totalement exploitées. Par exemple, une des artisanes de Tillabéry utilise une technique très minutieuse pour fabriquer des éventails. Cette technique pourrait être utilisée pour la création de produits de très haute qualité correspondant à un marché haut de gamme, comme des chapeaux. Les femmes de Diffa ont, en plus de leurs qualités techniques, un vrai potentiel créatif. Les deux problèmes majeurs que rencontrent les trois groupes sont, d’une part, la faible diversification de leurs productions et, d’autre part, les artisanes n’accordent aucune importance aux finitions car elles privilégient la rapidité.
Organisation de la production et gestion : les bénéficiaires n’ont aucune notion de calcul des coûts, des prix de revient et des prix de vente. Elles ne savent pas valoriser leur travail à la hauteur des efforts fournis.
Accès aux marchés : il est difficile pour les femmes d’avoir accès aux marchés porteurs en dehors de leur région car le transport des produits pose des problèmes de coût et de volume. La majorité des artisanes se positionnent sur le marché de l’utilitaire alors que parfois la demande est très faible. C’est le cas des artisanes de Tillabéry qui fabriquent essentiellement des nattes. L’assistante formatrice de Diffa dispose de grandes qualités commerciales qui sont mises au service du groupe.
Préconisations et apports
Perfectionnement des techniques : L'artisane sans frontières a privilégié dans son approche avec les femmes le mélange des matériaux (cuir et tissage, argent et tissage) et des techniques. Outre l’apprentissage de nouvelles techniques de tissage, elle a également adapté son accompagnement aux spécificités des groupes. Avec les artisanes de Tillabéry et Agadez, un travail sur le volume et les techniques de production en 3D a été réalisé. Les artisanes de Diffa ayant déjà des compétences sur le travail du volume, elles ont pu expérimenter l’inversion ou déviation des protocoles et l’approfondissement du travail de volume. Le temps imparti pour la mission n’a pas permis d’effectuer un travail approfondi sur la qualité des finitions.
Organisation de la production : les artisanes ont été sensibilisées à l’idée de valorisation du temps de travail, de valeur et de prix des produits mais l’apprentissage des techniques de gestion de base devrait faire l’objet d’une formation à part entière. En ce qui concerne l’organisation du travail, les femmes ont expérimenté le mélange des groupes afin de favoriser le transfert de savoir-faire.
Ouverture des (nouveaux) marchés : les artisanes ont travaillé autour du thème de la féminité (bijoux, sacs, accessoires de mode) qui ont vocation à toucher le marché du haut de gamme.